Des trésors venus de nulle part
Londres, en 1796. Edmond Malone publie une enquête contre des lettres, actes et pièces attribués à Shakespeare, à la reine Élisabeth et à leurs contemporains. Samuel Ireland défend les papiers dans une riposte publiée sous son nom. L'enjeu dépasse une graphie ancienne : si le dépôt est authentique, il ajoute des documents inconnus à l'histoire de Shakespeare ; s'il ne l'est pas, l'apparence du papier a trompé lecteurs et collectionneurs.
Malone commence par la provenance racontée. Un découvreur aurait rencontré des actes utiles à un gentilhomme, puis obtenu la promesse de recevoir tout autre document relatif à Shakespeare. Le dépôt grandit alors : livres annotés, trois pièces manuscrites et une partie d'une quatrième apparaissent dans une maison de campagne.
La seule preuve extérieure, à strictement parler, qui ait été produite est le récit que je vais transcrire, selon lequel ces trésors furent trouvés dans un lieu sans nom, sous la garde d’une personne sans nom.
En poursuivant cette recherche, il eut la chance de rencontrer certains actes très importants pour les intérêts de ce gentilhomme, et qui établirent, au-delà de tout doute, son titre sur une propriété considérable :
ce gentilhomme lui promit tout ce qui avait été ou serait découvert concernant le sujet présent, en ville ou dans sa maison de campagne. C’est dans cette maison que furent découverts la majeure partie des papiers, ainsi qu’une grande variété de livres contenant ses notes manuscrites, trois pièces manuscrites et une partie d’une autre.
Pour Malone, la seule preuve extérieure produite reste ce récit. Le lieu n'est pas nommé, pas plus que le propriétaire des papiers. La profusion des trouvailles donne du poids au trésor, mais elle agrandit aussi la lacune entre les objets et une origine vérifiable. Même un examen matériel des papiers ne fournirait pas les noms absents.
Edmond Malone, Inquiry (1796), p. 7 et 9, D01–D02 ; traductions Clipped de l'anglais vérifié sur scan. Contexte bibliographique : manifeste source qualifié. Les citations françaises portent la mention « Traduction Clipped de l’anglais vérifié sur scan ».